Les chercheurs affirment que la quantité de triclosan dans des produits de consommation tels que le dentifrice, les cosmétiques, les ustensiles de cuisine et les jouets augmente de façon significative la résistance des bactéries.

Si vous aviez le choix, préféreriez-vous réduire la plaque dentaire et la gingivite ou survivre à votre prochaine hospitalisation ?

À première vue, c’est une question absurde. Les gens choisiraient certainement la survie plutôt que de petites améliorations de l’hygiène bucco-dentaire.

Ce scénario est toutefois au cœur du débat sur l’utilisation de composés antibactériens dans les produits de consommation – des composés qui pourraient créer de dangereux germes résistants aux antibiotiques dont la présence pourrait bientôt empêcher la guérison de maladies autrefois banales.

Par exemple, le triclosan, un produit chimique antimicrobien présent dans les dentifrices et les bains de bouche, pourrait réduire l’efficacité de certains antibiotiques de 100 fois, selon une nouvelle étude de chercheurs de l’Université Washington à St Louis.

La recherche : un antibactérien contre antibiotique !

La nouvelle étude impliquant des souris a révélé que le triclosan dans la circulation sanguine rendait les antibiotiques bactéricides beaucoup moins efficaces.

Ces antibiotiques particuliers tuent les cellules bactériennes plutôt que de simplement inhiber leur croissance.

“Normalement, une cellule sur un million survit aux antibiotiques et un système immunitaire opérationnel peut les contrôler. Mais le triclosan modifiait le nombre de cellules “, a déclaré Petra Levin, PhD, coauteure d’une étude et professeure de biologie en arts et sciences à l’Université de Washington, dans un communiqué de presse. “Au lieu d’une bactérie sur un million qui survit, un organisme sur dix survit après 20 heures. Maintenant, le système immunitaire est submergé.”

Le triclosan a créé une résistance à de nombreux antibiotiques, mais le plus notable est la ciprofloxacine (Ciflox en France, Ciproxine en Belgique et Cipro au Canada et aux États-Unis), un antibiotique à large spectre, couramment utilisé pour traiter les infections des voies urinaires, selon Corey Westfall, chercheur postdoctoral au Levin Lab, de la Washington University.

Cela pourrait mener au désastre. En effet, les infections urinaires sont très fréquentes et la ciprofloxacine est un traitement de première intention pour cette affection.

Une infection des voies urinaires (IVU) est une inflammation ordinairement provoquée par des bactéries (ou microbes) qui attaquent les reins, les uretères, la vessie ou l’urètre. Les personnes ayant une malformation des voies urinaires, les femmes enceintes et les personnes qui souffrent de diabète sont aussi plus susceptibles d’avoir ce type d’infection.

La ciprofloxacine fait partie de la liste des médicaments essentiels de l’Organisation mondiale de la santé.

Plus de 7 adultes sur 10 aux États-Unis ont des niveaux détectables de triclosan dans leur urine.

En fait, les chercheurs ont trouvé 100 fois plus de bactéries chez les souris traitées pour des infections urinaires qui buvaient de l’eau contenant du triclosan que chez celles qui n’avaient pas été exposées au composé antibactérien.

“Si la différence entre les deux groupes en termes de nombre de bactéries était inférieure à dix, il serait difficile d’établir clairement que le triclosan est le coupable”, a dit M. Levin. “[Mais] l’ampleur de la différence de charge bactérienne est frappante.”

La longue histoire du triclosan

Ce n’est pas la première fois que ce composé antibactérien est reconnu pour son rôle dans la résistance aux antibiotiques.

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Les preuves des effets négatifs potentiels du triclosan – perturbation endocrinienne, réduction du nombre de spermatozoïdes, création de ” superbactéries ” – ont conduit la Food and Drug Administration (FDA) en 2016 à ordonner aux entreprises de cesser la commercialisation des savons et des produits de douche qui contiennent ce composé.

Mais cette recommandation ne s’étendait pas aux dentifrices et aux bains de bouche, où l’utilisation du triclosan persiste.

“Sur la base des preuves scientifiques, le rapport bénéfice/risque s’est avéré favorable pour ce produit”, a déclaré un représentant de la Division of Health Communications, Center for Drug Evaluation and Research de la FDA.

En France, comme dans toute l’Union Européenne, la concentration maximale du triclosan dans les produits finis est fixée à 0,3% depuis 2013. Le triclosan est également autorisé dans les bains de bouche, mais à une concentration maximale de seulement 0,2%. En revanche, il est interdit dans tous les produits de rasage depuis le 30 octobre 2014.

Si les teneurs dans les dentifrices ou les cosmétiques pris isolément sont jugées acceptables, on peut s’interroger sur le niveau de risque d’une utilisation combinée de plusieurs produits contenant du triclosan au cours d’une même journée et ce pendant plusieurs années.

Un problème persistant !

“La résistance aux antibiotiques est en train de devenir l’un de nos problèmes les plus persistants “, a déclaré le Dr Amesh A. Adalja, chercheur principal au Johns Hopkins Center for Health Security du Maryland. “Ces bactéries s’infiltrent maintenant dans la communauté. Il y a vraiment une sous-appréciation de la menace de résistance aux antibiotiques.”

Vous n’avez pas besoin de savons antibactériens lorsque le savon ordinaire et l’eau sont tout aussi efficaces sans le risque de favoriser la résistance des bactéries aux antibiotiques.

Au contraire, ” il y a beaucoup de preuves que ces environnements surstériles ont un impact sur la population “, dit Adalja. Cela inclut un risque accru d’allergies.

Autre préoccupation, les antibiotiques ne sont pas seulement utilisés pour traiter les infections existantes, mais aussi pour prévenir les infections.

Par exemple, les personnes qui reçoivent une greffe d’organe et même une chirurgie de routine reçoivent habituellement des antibiotiques à titre prophylactique.

Sans ces antibiotiques efficaces, ” la médecine moderne va revenir à l’ère de la prépénicilline “, prévient Adalja.

Éviter la résistance aux antibiotiques.

C’est le scénario apocalyptique et, dans certains cas, nous sommes peut-être déjà au bord du précipice, selon le Dr Aaron Glatt, porte-parole de l’Infectious Diseases Society of America et président du South Nassau Communities Hospital à New York.

Par exemple, les antibiotiques quinolones étaient autrefois des médicaments efficaces pour traiter la pneumonie acquise en communauté, mais la résistance aux antibiotiques les a rendus largement inefficaces, selon les études.

La surconsommation de composés antibactériens et d’antibiotiques en général – qu’ils soient surprescrits ou mal pris – est quasiment à l’inverse de la logique de vaccination.

Les gens prennent trop d’antibiotiques ou abusent des antibactériens pour se protéger alors qu’en réalité ils nuisent à la santé publique. Il faut comprendre que si ça ne marche pas sur vous, ça fait mal aux autres. Il y a là une responsabilité personnelle et aussi une responsabilité de santé publique.

Via Ingredients in Toothpaste, Mouthwash May Be Creating Antibiotic Resistant Germs